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  • La financiarisation du système de santé : de quoi parle-t-on ?

    La financiarisation du système de santé correspond à l’entrée d’acteurs financiers, comme des fonds d’investissement, dans le secteur des soins avec un objectif principal : obtenir un rendement sur les capitaux investis. Cette logique introduit des critères de rentabilité économique dans l’organisation des soins.

    Financiarisation ≠ privatisation

    Ces deux notions sont souvent confondues, mais elles sont différentes :

    • La privatisation consiste à transférer une activité ou un établissement du secteur public vers le secteur privé.
    • La financiarisation correspond à la prise de contrôle d’établissements privés par des investisseurs financiers, qui remplacent progressivement les professionnels de santé comme propriétaires.
      Autrement dit, un système peut se financiariser sans être davantage privatisé.

    Pourquoi la financiarisation se développe-t-elle ?

    Plusieurs facteurs expliquent son essor :

    • des besoins importants en investissements pour moderniser les structures de soins
    • la recherche d’une meilleure rentabilité dans certains secteurs de la santé
    • l’existence d’établissements privés susceptibles d’être rachetés
      Les capitaux privés peuvent ainsi permettre de financer certains projets ou restructurations lorsque les financements publics sont insuffisants.

    Quels sont les risques ?

    Si la financiarisation peut apporter des ressources financières, elle soulève également plusieurs inquiétudes.

    Un impact sur l’accès aux soins

    Les investisseurs peuvent être incités à privilégier les activités, les territoires ou les patientèles les plus rentables. Cela pourrait conduire à :

    • une concentration de l’offre de soins dans les zones déjà attractives ;
    • un désengagement des territoires ruraux ou défavorisés ;
    • une diminution des activités moins rentables mais pourtant essentielles.
      À terme, cette logique pourrait accentuer les inégalités d’accès aux soins.

    Une menace pour l’indépendance des professionnels

    La financiarisation peut également réduire l’autonomie des professionnels de santé. Lorsque les décisions sont prises par des investisseurs, les objectifs économiques peuvent entrer en tension avec les impératifs médicaux.
    L’Assurance Maladie souligne également qu’une concentration croissante de l’offre de soins entre les mains de grands groupes privés pourrait limiter les capacités de régulation et de négociation des pouvoirs publics et des professionnels.

    Pourquoi ce sujet est-il d’actualité ?

    La question de la financiarisation est particulièrement discutée à l’occasion des négociations entre l’Assurance Maladie et les professions de santé, ainsi que dans le cadre du Projet de Loi de Financement de la Sécurité sociale (PLFSS). Les décisions prises aujourd’hui auront un impact sur l’organisation du système de santé dans les années à venir.

    La position de l’ANEMF

    L’ANEMF s’oppose à la financiarisation du système de santé. Elle défend un modèle où les décisions concernant l’organisation des soins restent guidées avant tout par les besoins de santé de la population, tout en préservant l’indépendance des professionnels de santé et l’accès équitable aux soins sur l’ensemble du territoire.

  • CESP : un portage des associations étudiantes qui porte ses fruits

    Le Contrat d’Engagement au Service Public (CESP) est un dispositif conclu entre l’État et une étudiante ou un étudiant en santé, permettant de percevoir une allocation mensuelle de 1 200 € brut en contrepartie d’un engagement à exercer, à l’issue de son internat, dans une zone caractérisée par une offre de soins insuffisante pendant une durée équivalente à celle de perception de l’allocation.

    Créé à la suite de débats parlementaires pour répondre aux difficultés d’accès aux soins dans les territoires sous-dotés, le CESP constitue une alternative aux mesures coercitives d’installation. Accessible dès la quatrième année de médecine (DFASM1) via la plateforme Profil, gérée par l’Agence de Services et de Paiement (ASP), il permet aux étudiantes et étudiants de soutenir financièrement leur formation tout en construisant un projet professionnel au service des territoires.

    Depuis sa création, l’ANEMF a toujours défendu ce dispositif. Il représente à la fois une aide concrète pour les étudiantes et étudiants confrontés à des difficultés financières et une mesure incitative favorisant l’installation dans les territoires en tension, sans remettre en cause la liberté d’installation.
    Une progression constante… jusqu’à cette année

    Le succès du CESP s’est traduit par une augmentation continue du nombre de contrats proposés. Alors que seulement 132 contrats étaient ouverts lors de la première campagne en 2010-2011, ce chiffre a progressivement augmenté pour atteindre 622 contrats attribués en 2024-2025 pour les 2ème et 3ème cycles de médecine.
    Chaque année, une enveloppe budgétaire est fixée par arrêté afin de déterminer le nombre de contrats pouvant être proposés. L’arrêté du 16 février 2026 prévoyait ainsi une forte diminution du dispositif pour la campagne 2025-2026, avec seulement 292 contrats ouverts pour les 2ème et 3ème cycles de médecine, soit une baisse de près de 38 % par rapport à l’année précédente.

    Cette réduction s’est concrétisée par un premier arrêté publié le 30 juin, qui répartissait les contrats entre les universités. Celui-ci n’ouvrait finalement que 292 CESP, contre 622 l’année précédente. Une décision qui a suscité une vive incompréhension de la part des organisations représentatives des étudiantes et étudiants en santé.

    Dans un contexte où les débats autour de la démographie médicale voient régulièrement ressurgir des propositions de mesures coercitives, cette diminution apparaissait en contradiction avec la volonté affichée de privilégier les dispositifs incitatifs. L’ANEMF, l’ISNI et l’ISNAR-IMG ont ainsi alerté conjointement les ministères concernés afin de dénoncer une baisse jugée incohérente avec les besoins des territoires et les demandes des étudiantes et étudiants.

    Cette mobilisation a porté ses fruits.

    Un nouvel arrêté, publié le 22 juillet, abroge celui du 30 juin et porte finalement le nombre de contrats ouverts à 596, un volume très proche de celui de l’année précédente.

    Cette révision permet de répondre aux besoins exprimés par les facultés. Concrètement, l’ensemble des étudiantes et étudiants figurant sur les listes principales devraient désormais pouvoir bénéficier d’un CESP.

    Selon les échanges entre les organisations étudiantes et les ministères, cette réduction initiale s’expliquerait notamment par l’extension du dispositif aux étudiantes et étudiants en médecine plus jeunes, mais également aux étudiantes et étudiants en maïeutique et en pharmacie, sans qu’un financement supplémentaire n’ait été anticipé dans la loi de financement de la Sécurité sociale. Des crédits complémentaires ont finalement pu être dégagés, permettant de revenir sur cette décision.

    Une excellente nouvelle pour Poitiers

    À l’échelle locale, cette évolution est particulièrement significative.

    Le premier arrêté faisait passer le nombre de CESP ouverts à Poitiers de 16 contrats en 2024-2025 à seulement 10 contrats pour 2025-2026.

    Grâce au nouvel arrêté, 20 contrats sont finalement ouverts pour cette campagne, soit une augmentation de 25 % par rapport à l’année précédente et le double de ce qui était initialement prévu.

    Cette évolution constitue une excellente nouvelle pour les étudiantes et étudiants de notre faculté souhaitant s’engager dans ce dispositif. Elle témoigne également de l’importance du dialogue entre les organisations représentatives et les pouvoirs publics afin de défendre des mesures réellement efficaces pour améliorer l’accès aux soins sur l’ensemble du territoire.

    Le CESP demeure aujourd’hui l’un des principaux leviers incitatifs permettant d’accompagner les futurs professionnels de santé dans leur installation en zones sous-dotées. Le maintien d’un nombre de contrats adapté aux besoins des étudiantes et étudiants comme à ceux des territoires reste donc un enjeu majeur pour les années à venir.

  • ECOS : comprendre l’épreuve et les débats actuels

    ECOS : comprendre l’épreuve et les débats actuels

    Les Examens Cliniques Objectifs Structurés (ECOS) constituent désormais une étape incontournable de la fin du deuxième cycle des études de médecine. Conçus pour évaluer les compétences cliniques des futurs médecins, ils représentent aujourd’hui une part importante des épreuves nationales.
    Si leur intérêt pédagogique est largement reconnu, leur organisation et leur caractère classant continuent de susciter de nombreux débats parmi les étudiants.

    Les ECOS, c’est quoi ?

    Contrairement aux EDN, qui évaluent principalement les connaissances théoriques à travers des dossiers progressifs et des QCM, les ECOS ont pour objectif d’évaluer les compétences pratiques nécessaires à l’exercice de la médecine.
    Les étudiants enchaînent 10 stations de 8 minutes, séparées par 2 minutes de transition. Chaque station les confronte à une situation clinique nécessitant de mobiliser différentes compétences, notamment :

    • réaliser un interrogatoire
    • conduire un examen clinique
    • communiquer avec un patient ou un professionnel de santé
    • expliquer une prise en charge
    • réaliser un geste technique
    • développer un raisonnement clinique

    Certaines stations mettent en scène un Patient Standardisé (PS) ou un Professionnel de Santé Standardisé (PSS), tandis que d’autres reposent sur l’analyse de documents ou la réalisation d’un geste procédural.
    Chaque station est évaluée à l’aide d’une grille nationale par un binôme d’examinateurs.
    Pour la session 2026, plus de 10 700 étudiants, répartis sur près de 250 circuits, ont participé aux ECOS, mobilisant environ 2 500 examinateurs sur l’ensemble du territoire.

    Une épreuve qui fait débat

    Si le principe des ECOS est aujourd’hui largement accepté, les retours des étudiants mettent en évidence plusieurs difficultés dans leur mise en œuvre.

    Tous les étudiants ne bénéficient pas du même niveau d’entraînement. Selon les facultés, le nombre d’ECOS organisés au cours des stages varie fortement, créant des écarts de préparation avant l’épreuve nationale.
    De nombreux étudiants demandent ainsi un renforcement des ECOS facultaires, accompagné d’une correction détaillée permettant un véritable retour pédagogique.

    Une standardisation encore perfectible

    L’objectif des ECOS est que chaque candidat soit évalué dans des conditions identiques. Pourtant, plusieurs remontées font état de différences importantes entre les centres.
    Les étudiants évoquent notamment :

    • des comportements variables des patients standardisés
    • des différences dans les informations fournies aux candidats
    • des attitudes parfois inadaptées de certains examinateurs
    • des difficultés matérielles ou organisationnelles selon les facultés
      Ces éléments peuvent introduire une part d’aléa dans une épreuve pourtant nationale.

    Un contenu parfois éloigné de l’objectif initial

    Plusieurs étudiants estiment que certaines stations évaluent davantage des connaissances déjà testées lors des EDN.
    À l’inverse, ils souhaiteraient que les ECOS mettent davantage en valeur ce qui fait leur spécificité :

    • la communication avec le patient
    • le raisonnement clinique en temps réel
    • l’adaptation à une situation concrète
    • les compétences relationnelles

    Le débat autour du caractère classant

    La principale question concerne aujourd’hui la place des ECOS dans le classement national.
    À l’issue de la session 2026, de nombreuses associations étudiantes locales ont fait remonter que, malgré leur intérêt pédagogique, les différentes sources de variabilité rendent difficile l’utilisation des ECOS comme épreuve classante avec un poids aussi important dans le classement final.
    Plusieurs pistes d’évolution sont régulièrement proposées :

    • faire des ECOS une épreuve uniquement validante
    • diminuer leur coefficient dans le classement national
    • conserver leur caractère classant après une amélioration de leur standardisation

    Des pistes d’amélioration

    Les étudiants proposent également plusieurs mesures pour renforcer l’équité entre les candidats :

    • harmoniser davantage l’organisation entre les facultés
    • renforcer la formation des patients et professionnels de santé standardisés
    • améliorer les conditions de surveillance afin de limiter les risques de fraude
    • communiquer une date fixe de publication des résultats afin de réduire le stress lié à leur attente

    Une autre proposition régulièrement évoquée consiste à filmer les stations. L’objectif ne serait pas de réévaluer systématiquement les candidats, mais de disposer d’un support en cas de recours ou de signalement d’une irrégularité, afin de renforcer la transparence de l’épreuve (position votée par la majorité des villes lors des JEA 2026 de l’ANEMF)

    Que faire en cas de difficulté pendant les ECOS ?

    En cas de dysfonctionnement pendant votre circuit (problème matériel, difficulté organisationnelle ou toute situation ayant pu influencer votre évaluation), il est essentiel de demander à remplir un procès-verbal (PV) à la fin de l’épreuve.
    Ce document officiel est transmis au jury national, qui examine l’ensemble des signalements lors des délibérations.
    Nous vous invitons également à prévenir les élus étudiants de l’UFR de Médecine de Poitiers afin que ces situations puissent être recensées et remontées au niveau local puis national si nécessaire.

    La position de l’ANEMF et celle de Poitiers

    Lors des différents sondages réalisés auprès des étudiants de Poitiers, une majorité s’est prononcée en faveur du maintien d’ECOS classants.
    Cependant, l’ANEMF fonctionne de manière démocratique : chaque association locale est représentée en Assemblée générale, où les positions nationales sont débattues puis votées.
    À l’issue des débats ayant suivi la session 2026 (JEA 2026), une majorité des associations locales s’est prononcée en faveur d’ECOS uniquement validants. Cette orientation est donc redevenue la position officielle de l’ANEMF depuis le 5 juillet et est désormais portée auprès des ministères et des différentes instances nationales.

    Il est toutefois important de rappeler que cette position constitue une proposition portée par les représentants étudiants. Le caractère classant des ECOS est actuellement inscrit dans les textes réglementaires et son évolution nécessiterait une modification législative ou réglementaire, un processus long et qui dépend des pouvoirs publics.
    Par ailleurs, l’ensemble des acteurs institutionnels ne partagent pas cette analyse. La Conférence des doyens, notamment, s’est exprimée en faveur du maintien d’ECOS classants.

    En tant qu’organisation représentative des étudiants en médecine, l’ANEMF a pour rôle de porter les positions adoptées démocratiquement par ses associations membres auprès des décideurs. Néanmoins, elle ne dispose pas d’un pouvoir de décision : les évolutions éventuelles relèvent des ministères et des autorités compétentes.